Entrevue avec Carlos Munoz, co-propriétaire de Silence d’Or et HHQc, réalisateur-producteur de la compil Québec Gold

Par le lundi, 16 décembre 2013 16:16 | Lancements

Carlos Munoz est co-propriétaire de la maison de disques Silence d'or à qui l'on doit notamment la sortie des albums de Mauvais Acte, Dirty Taz, Farfadet, Soké et Karma Atchykah. Il est aussi co-propriétaire du site web HHQc, qui n'a plus besoin d'introduction, producteur chez Sixteen Pads Films, qui a rehaussé la qualité des clips de rap québécois ces dernières années et partenaire du Festival hip-hop de Montréal qui en sera à sa 3eme édition en 2014! Juste ça!

DISQC: Salut Carlos, tu es probablement l'entrepreneur hip-hop qui a le mieux réussi dans les dernières années au Québec, avec HHQc, Silence d'Or, Sixteen Pads, la gestion d'artistes... Comment en es-tu arrivé là? Par quoi as-tu commencé?

Carlos: Damn... Pas certain que j'irais jusqu'à dire que je suis celui qui a le mieux réussi, mais je crois que j'ai su tirer mon épingle du jeu – avec mon équipe d'associés – et j'ai réussi à le faire assez vite et peut-être plus rapidement que d'autres. Je marche sur les traces de ceux qui ont affronté la tempête au départ. Je pense à Anodajay, entre autres. Ce qui est certain c'est que j'ai toujours eu une vision. J'ai développé mon modèle d'affaires en 1993 en étudiant surtout ce qui se faisait dans le rap indépendant West Coast. Déjà à cette époque que je savais ce que serait mon label. J'ai d'abord monté le tout dans ma tête pendant des années, en regardant les autres, en voyant ce qui était bien fait et surtout en analysant les mauvais coups de chacun.

C'est en 2005 que le tout s'est concrétisé lorsque je me suis associé avec des amis dans une première maison de disques, Fekdafonik. J'ai alors commencé à travailler avec Karma Atchykah en premier. C'est la fondation. J'ai aussi fait mes cordes avec Cyrano de Montréal et le Negsayo. J'ai ensuite pris un break, en 2008-2009, de 18 mois parce que j'avais envie d'autre chose et finalement un jour Karma m'a demandé de revenir dans la musique.

On a créé Silence d'or en mars 2009. On est trois dans Silence d'or : Karma le fondateur, Ariel et moi. C'est ça l'équipe. J'ai présenté ma vision aux deux et ils ont embarqué. Ariel a pris un peu de temps à se laisser convaincre au départ, car il n'avait jamais oeuvré dans la musique, mais le team est aujourd'hui solide. Solide, mais il faut maintenant prendre le temps de faire face à la croissance. Une croissance trop rapide peut avoir des mauvais côtés. Disons que j'ai hâte d'engager une assistante [rires].

« Tenter d'être la plus importante maison de disques rap au Québec est un défi »

Évidemment, le fait de posséder HHQc, d'être producteur pour Sixteen Pads Films, partenaire dans le Festival hip hop de Montréal et de tenter d'être la plus importante maison de disques rap au Québec est un défi. On a produit 20 albums et commercialisé sous licence 2 albums en 4 ans. C'est un peu de la folie, mais ce fut le plan dès le début. Aujourd'hui, on a appris de nos erreurs, de nos bons coups et de nos flaws. À travers tout ça, on a accumulé plus de 400 spectacles à travers tout le Québec, des festivals et des petits shows. On a fait des dizaines de vidéoclips et le travail est donc une affaire de 24/7. Impossible de s'arrêter quand on a créé un tel monstre. Aujourd'hui il faut contrôler le tout et réussir à maintenir la croissance. Ça sera la clé de notre réussite ou de notre échec. 


Tu es réalisateur de la compilation Québec Gold qui vient de sortir via HHQc. Qu'est-ce que ça implique exactement d'être réalisateur d'un tel projet?

Le rôle de réalisateur est toujours un peu obscur. Dans les faits, il s'agit de l'architecte. C'est lui qui est en charge du blueprint et qui va tout orchestrer pour mettre de l'avant sa vision du projet. Dans le cas d'une compilation, c'est celui qui va mettre le tout en place, penser aux invités, les collabos, le type de beat, etc. Quand t'es rendu à un certain point, c'est lui aussi qui va rectifier ou corriger, ajouter ou enlever. C'est celui qui va décider de faire appel à d'autres artistes, à d'autres beat producers. C'est celui qui va accompagner la création alors qu'elle s'effectue via de nombreuses contributions. C'est celui qui supervise de telle manière à ce que le tout soit cohérent, solide et donne un album digne d'un nom comme Québec Gold.

Dans mon cas, c'est également représenter notre réalité au Québec. Les différents types de sons et de raps, les différentes régions, les différentes avenues que le rap prend aujourd'hui, la différence entre les vétérans et la jeunesse. Je suis réalisateur et producteur. Donc tout ça va main dans la main. Je suis très fier de Québec Gold. Je crois que c'est un album très solide qui donne un très bon aperçu de ce qu'est devenu le rap québécois aujourd'hui. J'aurais voulu avoir plus d'artistes, mais il faut en laisser pour la prochaine cuvée et je ne voulais pas faire un album double. On a manqué de place, mais ça ne sera que partie remise pour ceux qui ne sont pas dessus. 
 

La première compilation d'HHQc, La force du nombre, parue en 2010, avait pour concept de matcher des rappeurs qui n'avaient jamais collaboré ensemble auparavant. Ça a donné des featurings assez inusités, comme Imposs & Manu Militari, Ruffneck & C-Drik, etc. La nouvelle compilation, Québec Gold, ne semble pas avoir continué dans la même lignée. Pourquoi?

Le concept était simple. On voulait offrir un album avec des particularités très précises. Je savais quels genres de sons et sonorités étaient nécessaires et je savais donc qui approcher pour telle ou telle approche. J'ai construit l'album dans ma tête avant de faire appel aux artistes. Ariel et moi avons pensé le tout avant que cela ne se concrétise. La force du nombre était plus un album de surprise. On ne savait pas ce que les collaborations allaient offrir. On allait s'aventurer dans des terrains inconnus. Avec Québec Gold, j'ai voulu offrir un catalogue de ce que le rap québécois peut offrir aujourd'hui. J'ai volontairement exclu certains trucs et j'ai également poussé pour que d'autres trucs soient à tout prix sur l'album. C'est donc un album qui s'est construit dans mon esprit avant tout. Le résultat est très près de ce que je voulais. 

 

Le communiqué de presse de Québec Gold nous annonce que la compilation sert à "représenter le plus fièrement cette culture musicale qui prend du galon d’année en année". Pourtant on sait que les ventes d'albums ont diminué dans les 10 dernières années. Crois-tu vraiment que le rap québécois est toujours en ascension? Les plus belles années ne sont-elles pas derrière nous?

En fait, les ventes d'album sont en chute libre dans tous les styles musicaux. Or, quand on dit que le rap québécois prend du galon, ce ne sont pas que les ventes qui comptent, il faut tenir compte de plein d'autres réalités. En même temps, si on ne parle que de ventes, je ne suis pas si certain que les ventes sont si terribles dans notre style musical. Si on pense que seulement 5% de tous les albums parus aux États-Unis en 2011 ont atteint les 5000 ventes, selon un sondage Soundscan, on peut être fiers que nos plus grands MC du Québec aient tous atteint cette marque et l'aient même dépassé dans plusieurs cas. Manu [Militari], Souldia, Koriass, Samian, Mauvais Acte, Taktika, Sir Pathétik, etc. ont tous dépassé les 5000 albums vendus lors de leurs derniers projets. Plusieurs autres MC ont atteint les 2000-3000 ventes et plus. Ce n'est pas si terrible.

« Seulement 5% de tous les albums parus aux États-Unis en 2011 ont atteint les 5000 ventes. On peut être fiers que nos plus grands MC du Québec aient tous atteint cette marque »

Le problème c'est que les MC ont la mauvaise manie de se comparer aux chiffres des MC super vedettes américaines. C'est la chose la plus idiote que de comparer des pommes et des oranges. Il faut savoir composer avec son environnement. Ici, au Québec, on a notre propre réalité démographique, notre propre réalité culturelle... Il faut donc composer avec le véritable état des choses. Donc, si on écarte les ventes, il faut se rendre compte que le rap au Québec est passé d'être une véritable culture de rue, sans professionnels, sans médias, sans véritable fondation, à un véritable statut de petit frère de l'industrie musicale québécoise. Aujourd'hui on compte plusieurs maisons de disques super professionnelles, des médias hip hop et une ouverture toujours plus grande de la part des médias généralistes, des diffuseurs et de l'industrie en général. Il faut continuer comme ça, la marche va bien. C'est une criss de longue marche, mais si je regarde en arrière, je vois à quel point on a fait du chemin et je vois que rien n'est plus vrai que de dire que le rap québécois prend du galon. 

 

L'album-compilation Québec Gold est en vente sur la boutique HHQc, sur iTunes et en magasin. 

Québec Gold
HHQC
Chansons 18 Commentaires 0
0 out of 50 out of 50 out of 50 out of 50 out of 5
Sortie 26 novembre 2013
Format Compilation
Style
Label Silence d'or

 

Suivez Silence d'or sur Facebook, Twitter et Silencedor.com
Suivez HHQc sur Facebook, Twitter et HHQc.com
Suivez DISQC sur FacebookTwitter, Youtube et Instagram

Entrevue par Virulent Dilem


comments powered by Disqus