Article: Omnikrom, crunk, trap et cloud rap

Par le lundi, 23 septembre 2013 06:33 | Spectacles

Suite à leur retour sur les planches de la scène, vendredi dernier, lors de la première édition du festival Hochelaga BBQ, nous avons décidé d'analyser la fulgurante ascension d'Omnikrom dans le paysage musical québécois.

Hochelaga BBQ

J'aurais aimé voir Chub-E Pelletier, mais j'suis arrivé trop tard. Peu importe, j'aurai sûrement l'occasion de le voir bientôt sur scène puisqu'il sortira son nouvel album, Virus, le 4 mars prochain.

 

Pour Dead Obies, j'suis moins déçu de les avoir raté. No disrespect! C'est juste que je les ai vu plusieurs fois cet été et j'ai déjà écrit un article sur leur passage au festival OUMF pas plus tard que la semaine dernière.

 

Ce qui nous amène directement à Omnikrom, le troisième et dernier acte du showcase rap du Hochelaga Bar-B-Q, dans le stationnement du Dairy Queen, au 4545 rue Ste-Catherine Est, dépassez le fun house et les travailleuses de rue...

 

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Premier constat en arrivant sur place : ce n'est pas Figure 8, le troisième membre et principal beatmaker du groupe qui mixe derrière Jean Bart et Linso Gabbo, mais plutôt JF Dumais, du based blog 10kilos.us, qui pousse les sons depuis son MacBook.

 

Figure 8 s'est possiblement retiré du rap game à l'heure qu'il est, il doit être en train de siffler des cocktails aux Bahamas, suite au succès qu'a connu Omikrom avec l'album Trop Banane! (2007). C'est probablement juste la poutine qui retient Linso Gabbo au Québec et pour Jean Bart, les banana-splits du Dairy Queen.

 

Sans joke, j'ai vraiment l'impression d'entendre la voix de Jean Bart dans ma tête en lisant la description du banana-split sur le site de DQ: « Délicieuse crème glacée molle à la vanille servie sur un nid de bananes sucrées tranchées et recouverte de succulent sirop de chocolat, d'ananas broyés, de coulis de fraises et de crème chantilly ». J'suis persuadé de déjà l'avoir entendu prononcer chacun de ces mots, entrecoupés de « pouliches » et de « putes ».

 

Omnikrom @ Hochelaga BBQ

 

Banana split du Dairy Queeb

 

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Jean Bart et Linso Gabbo ont un parcourt intéressant. Depuis leur tendre enfance à Valleyfield, mais surtout depuis leur premier groupe, Être Abstrait, jusqu'à Omnikrom. Ils ont toujours fait du left field hip-hop, du rap alternatif, expérimental, non-conventionnel.

 

Être Abstrait, c'était un groupe de spoken word sombre, de slam absurde à tendance suicidaire. Le projet qu'ils ont sorti en 2002 s'appelle Désourire de tortues procrastinatrices, pour vous donner une idée d'à quel point ils n'allaient pas bien à l'époque. Ils avaient besoin de faire un virage à 90 degrés pour sauver leur vie. Les gars ont donc déménagé à Montréal pour repartir à neuf avec un master plan en tête : Omnikrom.

 

À peu près au même moment en France – ou légèrement plus tôt – les bizarroïdes parisiens du groupe TTC étaient en train de vivre un cheminement semblable, en passant d'une phase expérimentale très underground et vouée à l'échec avec le collectif L'Armée des 12, jusqu'à leur succès retentissant dans tous les clubs de France, salope.

 

Inspiré du crunk du sud des É.-U. (à la Paul Wall), muni d'une prononciation québécoise internationale (à la Roi Heenok) et équipé de beats conçus par d'anciens producteurs techno minimalistes (à la Ghislain Poirier), Omnikrom s'intègre parfaitement dans le décor euro-crunk de TTC et les 2 groupes deviennent rapidement collaborateurs et partenaires de scène lors de fréquentes visites d'un bord à l'autre de l'Atlantique.

 

Omnikrom @ Hochelaga BBQ

 

La formule gagnante du groupe est simple : réciter des comptines bling-bling avec des intonations enfantines sur de la musique bounce, le gros. Leur plan plan marketing était tout aussi simple et efficace : sortir trois EPs (albums courts) en magasin, au rythme de un par année, pour mousser la promotion du groupe, et ensuite sortir un vrai premier album.

 

Nommée « Futurs Millionnaires », la série s’arrête après 2 volumes : Futurs Millionnaires vol.1 (2005) et FM2: 24 pouces glacés (2006). Même pas besoin de compléter la trilogie. Ils ont déjà eu droit à suffisamment de visibilité grâce au festival MEG, au site 33Mag, au journal Voir et même La Presse. Ils signent chez Sabotage Records et sortent Trop Banane! (2007), leur premier vrai album, déjà très attendu par leurs fans. Le lancement a lieu à la SAT et est couvert par Musique Plus! Le vidéoclip, pour la chanson « Été hit », est encensé par le célèbre blogueur américain Perez Hilton et l'album remporte le Félix de l’Album Hip-Hop de l'année. Puis vient le deuxième album, Comme à la télévision (2009), et le DVD converti en web-série, Backstage (2009), bénéficiant d'exposure sur radio Énergie et même fucking Télétoon.

 

Précurseur, Omnikrom? Presque 10 ans après leur premier EP, la formule fonctionne toujours. Les délires à propos de « rivières de diamants » et le port de vêtements fluo qui caractérisaient Omnikrom font actuellement la gloire des RiFF RaFF et autres neon icons issus du croisement entre le trap rap et l'electro dance music (EDM).

 

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Omnikrom @ Hochelaga BBQ

 

C'était (je pense) leur premier concert depuis 1 an ou 2. Jean Bart et Linso Gabbo ont lay-low quelques temps – et Figure 8 semble s’être flex – peut-être avaient-ils besoin d'une pause, sûrement parce que Comme à la télévision (2009) n'a pas aussi bien marché que Trop banane! (2007), et aussi les choses de la vie comme avoir des enfants et tout ça.

 

Souvent jugée de « très mauvaise » par les amateurs de rap québécois, la musique d'Omnikrom a tout de même résonné avec beaucoup de vigueur de 2005 à 2009 auprès des party animals un peu douche.

 

Le groupe a profité de son absence ces dernières années pour se moderniser et se redéfinir. Pitché dans le WOW (2012), leur plus récent projet, est une mixtape gratuite produite par la nouvelle trôlée de beatmakers piu piu (Da-P, High Klassified, Lajo&Griot, Tommy Kruise) et sonne dans le vibe cloud rap (à la Lil B). Selon la rumeur, la mixtape aurait été enregistrée one take, en 25 minutes, autant de temps qu'il en faut pour l'écouter, tout comme les 9 vidéoclips qui accompagnent chacune des chansons.

 

lls ont annoncé sur Facebook pondre un autre projet d'ici la fin de l'année, voyons s'ils réussiront à se démarquer et attirer à nouveau l'attention des médias, alors que leur style si alternatif, expérimental et peu conventionnel est en train de se banaliser.

 

Texte et photos par ViRulent DiLem
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